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La vraie de vraie vie d’un humoriste – Mythe no. 6: Un humoriste, ça doit tout à son public.

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La vraie de vraie vie d’un humoriste – Mythe no. 5: Percer, ça prend deux ans max.

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Un des mythes qui m’intéressent depuis que j’ai commencé à faire de la scène est celui qui veut qu’en humour, les choses se passent vite.

J’me souviens quand on a fini l’École de l’humour, on voulait tous percer vite, signer en gérance vite, faire un gala vite et finalement, avoir son premier one man show vite.

Nos profs les plus sages nous disaient : « Calme-toi, c’est possible que ça arrive vite, oui, mais c’est peu probable. En humour, précipiter les choses, c’est inutile, t’as pas le contrôle, c’est comme essayer de protéger la virginité de ta mère » 

Fait que plus tôt cette semaine, accompagné d’Audrey, je suis descendu dans la rue pour avoir l’avis des gens. Combien de temps ils pensent que ça prend, percer en humour.

La plupart répondaient deux, trois, quatre ans. Un gentil monsieur m’a même dit « un ou deux ans maximum »

Le « maximum » m’a fait sourire. Mais je le comprends, le monsieur; avant de commencer en humour, j’aurais surement répondu la même chose.

Et quand tu commences, même deux ou trois ans, tu trouves ça long.  Imagine la désillusion quand on te dit qu’en plus d’être long, c’est juste pas réaliste.

La plupart d’entre nous avons fini par accepter la fatalité que deux ans pour percer, c’est inimaginable. En deux ans, t’as même pas le temps de finir de payer un frigo, imagine parfaire un art au point de pouvoir charger 50 piasses à quiconque veut t’entendre parler.

Pis pendant longtemps, tu te demandes « combien de temps ça va prendre avant que ça décolle? ». Ça te trotte dans la tête, pis un jour, tu te rends compte que la réponse à ta question c’est « ça dépend »

Y’en a pour qui c’est plus vite, d’autres moins, comme P-A Méthot, un gars pour qui ça a pris 18 ans avant que ça prenne forme. 18 ans; t’as le temps d’élever un kid, lui passer ton char et même le voir foxer ses premiers cours de cégep.

C’est à la fois admirable et épeurant. Des fois tôt le matin, y’a une petite voix qui te dit «et si ça marche pas? »

Pis plus tard le soir, la voix se fait étouffer par les rires des gens, pis avant de t’endormir, la tête sur l’oreiller, tu te dis que c’est pas grave, parce qu’au final, l’humour comme n’importe quel objectif qui mérite ta patience, c’est un marathon, pas un sprint. 


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La vraie de vraie vie d’un humoriste – Mythe pas tant un mythe numéro 4 : Le rire vend

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À moins de vivre dans une grotte ou dans le West Island, le Québécois moyen est exposé à 8 humoristes par jour. Et je ne me base sur aucune donnée scientifique pour appuyer ce que j’avance. Des humoristes, on en voit partout, et c’est pas toujours sur une scène. Fréquemment, ils font de la radio, souvent ils font de la télé et parfois, ils sont ambassadeurs de produits. 

Et c’est normal; le rire vend. Barbara Walters a déjà dit que le rire rend n’importe quelle conversation ou entrevue meilleure. 

Et c’est peut-être ça qu’on essaie de faire avec les produits, les rendre meilleurs grâce à des gens qui nous font du bien. Injecter une parcelle de l’ADN d’un attachant humoriste dans le code génétique d’un produit. 

Et ça semble marcher; j’ignore pourquoi, mais je trouve la Civic plus sympathique et familière depuis que Martin Matte en est le visage. Oui, je trouve sympathiques 2,754 livres de tôle pliée.

Cette semaine, j’ai cherché à savoir s’il se pouvait qu’un humoriste se fasse éclipser par le produit qu’il défend. S’il se pouvait, qu’après avoir défini un produit x, l’humoriste ne se voit effacé par le produit, qu’il se voit réduit à l’objet qu’il a humanisé. 

Et moi, c’est le cas Martin Perizzolo qui m’intéressait. Martin Perizzolo est un humoriste reconnu et nouvellement connu qui s’avère aussi être le visage officiel des Fromages d’ici. Outre ce rôle, il est un auteur talentueux qui a réussi à écrire un spectacle solo entier portant sur le sexe profond (le spectacle est profond, pas le sexe)

Audrey et moi sommes donc descendus dans la rue pour voir qui connaissait Martin Perizzolo. On aborde une dame dans la cinquantaine et je lui demande : « Connaissez-vous Martin Perizzolo? »

Elle me répond que non. 

Je surenchéris : « Connaissez-vous le gars des Fromages d’ici »

Ce à quoi elle répond : « Ben oui que je l’connais! »

« D’accord, ben c’est lui Martin Perizzolo. Quand vous le voyez à la télé, vous voyez un humoriste ou le gars des fromages? »

« Ben, un humoriste, parce qu’il est drôle. Et j’pense pas que ça existe « le gars des fromages », j’crois pas que quand ils ont fait passer des auditions au monde, ils cherchaient LE gars des fromages, ils cherchaient probablement UN gars des fromages. J’veux dire, y’est pas plus « gars des fromages » qu’un autre »

« Allez-vous voir son spectacle? »

« Oui, pis c’est après l’avoir vu à la télé qu’on a décidé d’aller le voir en show, c’est plate de même; mais si ç’avait pas été de la télé, je sais pas si on aurait été le voir sur scène »

Pour ajouter de la rigueur scientifique à mon enquête, j’ai décidé de demander à l’entité suprême, Google, pour quoi était le plus reconnu Martin, voici ce que Google m’a répondu : 

Screen shot 2014-06-16 at 1.04.45 PM

Mythe numéro 4 démenti. 

Sur ce, Martin, continue ton bon travail et n’aie crainte; ton œuvre ne sera jamais réduite à du lait coagulé fermenté.


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La vraie de vraie vie d’un humoriste – Mythe numéro 3 : Ça a l’air facile.

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Ça, c’est un mythe répandu. Je n’ai pas toujours été humoriste. Avant, j’étais designer industriel.

C’est comme de l’architecture d’objets, sauf qu’à la place de dessiner des buildings, tu dessines des brosses à dents pis des toasters.  

Je m’amusais parce que ça me permettait d’être payé pour dessiner. Et c’est ça qui me faisait triper.

J’aimais aussi l’écriture; j’étais toujours en train d’écrire. Le problème, c’est qu’à l’époque, j’ignorais qu’il était possible d’être payé pour écrire. Encore moins pour écrire des jokes.

Mon quotidien, c’était des sketchs de conception, des calculs de tolérance des matériaux, de la modélisation 3D. Bref, j’avais toujours le cerveau à « on » et les mains pleines d’argile et de corne à force de sabler des maquettes.

Et les gens qui m’entouraient vivaient à peu près la même réalité, celles des sciences pures et appliquées.

Puis un jour, j’ai décidé que c’était plus ça qui me ferait m’en foutre de me lever tôt le matin.

Je me suis parachuté sans parachute en humour. Mon entourage de l’époque comprit sans approuver. Pour eux je lâchais un vrai travail avec un avenir brillant au profit d’un hobby.

Pour eux, c’était un « trip » que je devais vivre avant de revenir dans « le vrai monde des gens qui ont une vraie job et une fonction sociale quantifiable, comparable, vérifiable et surtout, non ambigüe ».

C’était un peu normal; j’avais jamais fait de scène, jamais même touché un micro, jamais parlé en public, sauf durant les oraux d’école.

Pis ça compte pas vraiment pour du « parlage en public » quand tu parles avec la monotonie d’une toast et que ton discours commence par : « Bonjour, je m’appelle Rabii et aujourd’hui, je vais te parler des renards »

Bref, j’ai commencé l’humour et eux sont restés en design. Y’ont trouvé ça ben drôle quand j’leur ai dit que j’allais à l’École de l’humour. Étonnés qu’il y ait une « école » pour ça.

Étonnés que ça prenne une formation pour la conception d’une blague au même titre que ça prend une formation pour la conception d’une brosse à dents.

Ils ont trouvé des jobs en design, ont acheté leur premier véhicule intermédiaire de luxe; Volvo C30 pour la majorité, vu que c’est un Québécois qui l’a dessinée. Ils ont mis un cashdown sur leur premier condo. Pis moi, j’suis retourné à l’école.

Des fois, ils m’invitaient dans leurs 5 à 7, pis des fois, j’pouvais pas, parce que j’avais des devoirs. Des devoirs d’humour.

Un soir, mon ami m’a dit : « Aweille viens, t’auras juste à improviser de quoi sur scène, vous faites tout le temps ça anyways »

Pas vraiment. À l’école, on nous disait que le temps de travail moyen pour un numéro d’humour est de 10 heures par minute sur scène.  

C’est pas de l’impro, c’est pas une anecdote de salon, c’est pas comme faire rire trois de tes amis chauds pendant que le quatrième pisse dans la ruelle.

C’t’une vraie job.

Pis c’est peut-être la commande qui change, les attentes; tes amis chauds s’attendent à très peu quand tu leur contes tes histoires, mais quand tu payes 50 piasses le billet pour aller voir un humoriste, elle est mieux d’être drôle et réglée au quart de tour son anecdote.

Et certains ne le voient pas comme ça, comme la fille qu’on a arrêtée dans la rue pour lui demander : « crois-tu que c’est facile d’improviser un spectacle d’humour? »

Elle a répondu : « Oui, ça a l’air facile d’être drôle sur scène»

J’ai poursuivi avec un : « Go! Fais-moi rire »

Elle a conclu avec : « Haha! Va chier! »

Mythe numéro 3 démenti.


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La vraie de vraie vie d’un humoriste – Mythe numéro 2 : C’est bizarre que tu sois pas drôle.

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« Penses-tu qu’un humoriste, c’est toujours drôle? » C’est la question que je pose à une jeune femme qui vient de s’acheter des billets pour le show de ce soir.

Elle répond « non », avec autant de conviction qu’une moustache molle. Je sens qu’elle se retient de me dire quelque chose, fait que j’attends qu’elle élabore.

Elle poursuit en précisant : « Je pensais que oui jusqu’à l’été dernier: je travaillais dans une boutique pas loin du Capitole, pis un jour, y’a MON humoriste préféré qui entre dans le magasin, genre c’était mon idole. À chaque fois que j’le voyais, il me faisait brailler de rire, mais là, il avait pas l’air à feeler »

« Genre il avait l’air triste? »

« Non, non, juste un peu low energy, pas super bavard,  »

« Ok, donc il avait pas l’air déprimé, y’avait juste l’air normal…»

« C’est ça! Fouille-moi pourquoi, mais j’étais un peu déçue. Pis c’est un peu cave; je sais pas à quoi j’m’attendais, genre qu’il entre dans le magasin comme une boule d’énergie? Qu’il nous fasse un number? Qu’il nous demande de tirer son doigt? Je l’sais pas! »

Moi aussi dans le passé il m’est souvent arrivé de me faire dire ça, qu’on m’imaginait plus « dynamique », ce qui est une façon vraiment cute de dire à quelqu’un « t’es plus plate que t’en as l’air » :

Screen shot 2014-06-12 at 11.09.06 AM

Pis c’est normal, un numéro d’humour, j’vois ça un peu comme un feu d’artifice : ça te rendre dedans, c’est punché, c’est puissant, et c’est bref. Pis c’est correct de même : imagine si le feu d’artifice durait 3 heures, ça deviendrait lourd.

Un feu d’artifice de 3 heures, comme dirait Alexandre Bisaillon, c’est comme tirer sur Luc Langevin : ça tue la magie.

La plupart du temps, on est pas super drôles. La plupart du temps, on se pose des questions dont la plupart des gens se fouttent des réponses, genre « j’me demande combien de temps de vie je sauverais si j’arrêtais d’emmener mon cell aux toilettes quand j’fais caca »

Ça, ou s’imaginer la contrepartie fromagère des noms de stars. Oui; Benjamin, Alex et moi avons déjà passé plus de deux heures à combiner des noms de stars à des noms de fromages.

Ça donne à peu près ça :

1. Cheddarznavour
2. Brie de Nice
3. Brieno Pelletier
4. Goudallan Theo
5. Cheese-wiz Khalifa
6. Monica Babybellucci
7. Ficellorlando Bloom
8. Eminemental

Fait que c’est ça, si tu pensais qu’un humoriste, c’est toujours drôle, tu as ci-haut huit raisons de te débarrasser de cette fausse croyance.

Mythe numéro deux démenti.

Rabii : ) xx


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La vraie de vraie vie d’un humoriste – Mythe numéro 1 : Un humoriste, ça pogne en sale.

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Rue. Devant le Capitole à Québec. Armés de la caméra 12 mégapixels de mon cell pis de nos sourires à cent million d’piasses, Audrey et moi on cherche du monde pour leur parler. On veut savoir comment ils perçoivent le métier d’humoriste. 

C’est quoi pour eux, la vraie de vraie vie d’un humoriste. Tout ça dans le but de réaliser une série de capsules mettant en lumière la job qui aux yeux de beaucoup semble être « la-meilleure-job-au-monde-tu-contes-jokes-pour-vivre »

Tu couds ensemble des mots qui lorsque récités diffusent dans le cerveau des gens de l’endorphine. C’est pas rien, être responsable d’un relâchement cérébrochimique chez l’monde. 

Premier aspect que je veux aborder, la vie amoureuse d’un humoriste. On approche une dame qui a l’air gentil pis qu’il l’était. Je lui demande : « Pour vous, ça ressemble à quoi la vie amoureuse d’un humoriste ?» 

Elle de me répondre en faisant de courts allers-retours verticaux avec son coude comme si elle essayait de faire sortir du ketchup d’une bouteille vide invisible : « Ho ho ho! Ça doit jamais s’arrêter : pang! Pang! pang! Ça doit être sexe, drogue et rock n’ roll, si tu vois c’que j’veux dire! »

Je voyais ce qu’elle voulait dire. 

Comment ne pas voir c’qu’elle voulait dire quand le descriptif a autant de subtilité que les trois petits points qui concluent un message texte de « hey… » reçu à 2h55 AM. 

J’étais à la fois étonné et heureux. Étonné d’entendre toutes ces généralisations à propos d’un métier, mais heureux parce qu’on venait de m’apprendre que j’étais bon avec les filles. 

Même si près d’un quart de siècle d’existence tend à démontrer tout le contraire : je dessine bien, je torche en maths, mais les filles, c’est pas ma grande force. 

À un point tel que j’aimerais qu’il soit socialement acceptable de dire à une fille en guise de gentil avertissement « ça s’peut que j’te vomisse dessus parce que j’suis nerveux. Parce que je sais pas comment gérer notre dynamique relationnelle du moment. Me pardonneras-tu si je te fais un dessin? J’peux te dessiner c’que tu veux, un char, un chien, le pompier trapu dans Pin-Pon »
En ce vendredi 13, j’te l’avoue : je m’appelle Rabii, je suis humoriste, pis j’suis pas super bon avec les filles.

Premier mythe démenti. 


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